La première communauté Emmaüs a soixante ans aujourd'hui. L'homme qui un peu plus tard, lors du terrible hiver 1954 criera sur les ondes "Mes amis, au secours", en faveur des SDF de l'époque, était un résistant têtu. Créateur du maquis du Vercors, protecteur des enfant juifs dans son ministère de la cathédrale de Grenoble, il allait s'opposer, par son seul verbe, son abnégation, à l'oppression de la pauvreté de l'après-guerre.
C'était un temps où l'énergie de chacun devait être consacrée à nourrir et loger sa famille, comme c'est encore le cas dans les pays en voie de développement.
C'était un temps où, à la chaîne, dans les mines, les fonderies, on ne parlait pas de souffrance au travail, le plus dur était dehors.
C'était un temps où le CO2 ne préoccupait guère l'opinion, dans nos villes noires des fumées de charbon des usines, et des chauffages domestiques, pour ceux qui pouvaient se l'offrir.
L'Abbé Pierre inventa alors la "charité-travail", prenant au mot l'adage de Mao: "Si tu donnes un poisson à un pauvre, il aura à manger pour la journée. Si tu lui apprends à pêcher, il pourra se nourrir toute sa vie". Dans les Communautés Emmaüs, une nouvelle chevalerie était née, avec leurs protégés les "chiffoniers d'Emmaüs". Suivra l'épopée des "French doctors", et l'oeuvre de Coluche, grand ami de l'Abbé, les 'restaus du coeur".
Emporté par sa fougue et sa compassion, il est arrivé à l'Abbé Pierre de se tromper de cause, le grand âge venu. Il est néanmoins resté un mythe, celui de l'indignation active, dans le coeur des Français. Et pourtant, ils sont trop jeunes pour apprécier le chemin parcouru sur la voie du bien-être. Pour le comprendre, il leur faudrait remonter un petit bout de temps, jusqu'aux années cinquante, ou pire aux années de l'occupation. Ou voyager au Burkina Faso, à la suite de Mimi Mathy ambassadrice de l'UNICEF.
Je consacre ce blog aux symboles de la résistance à l'oppression, dont mon héros, l'Inconnu de Tian'Anmen, est emblématique. L'actualité est riche de situations où le courage s'exprime, souvent de façon anonyme, contre toutes les colonnes de chars, violences humaines ou naturelles (d'ailleurs, pour un adepte du Taoïsme, l'Homme n'est qu'une manifestation de la nature)