Je ne sais pas si Jean Ferrat était un poète. Mais il nous a offert la poésie, au service de la conscience humaine. Daniel Cohn-Bendit a dit à Aragon: "Tu as du sang rouge dans tes cheveux blancs". Mais comme nous, je suis sûr qu'il lui pardonne pour la magie de son verbe. Comme nous pardonnons à Céline d'avoir été un sale anti-sémite, comme Hannah Ahrendt a aimé le nazi Heidegger.
Contairement à Aragon, Ferrat a fait la différence entre la fin et les moyens. C'est à un communisme primitif qu'il croyait, celui du Christ, pas celui de Staline, ni du coup de Prague. Il croyait à l'utopie, comme l'Abbé Pierre, et il était debout contre la réalité pour que le rêve advienne. Pas comme les employés d'Emmaüs en grève (cf. note précédente). Il s'est toujours tenu debout, comme "l' Inconnu" devant les tanks.
Sans doute n'avait il pas abouti à la conclusion que l'égalité obligée produit inévitablement de la contrainte et de la répression. Il était resté le communiste idéaliste de ses vingt ans. Si on n'est pas communiste à vingt ans, c'est qu'on n'a pas de coeur. Evidemment, si on l'est toujours à quarante, c'est qu'on n'a pas de tête. Comme "l'Inconnu de Tian'Anmen". Un poète fulgurant.