Enfin, on reparle Tian'Anmen! Cet évènement fondateur a modifié la face du monde en 1989.
Le sacrifice des réformistes a bien abouti en Chine à une ère nouvelle. C'est lent, la priorité a été donnée à l'économie. Et la dictature est toujours présente, témoin l'emprisonnement pour délit d'opinion. Mais la terreur maoïste est maintenant bien loin.
Ceux qui ont alors bravé le pouvoir, et en particulier l'Inconnu de Tian"Anmen, arrêtant à mains nues une colonne de chars, sa photo qui a fait le tour du monde, imprimée dans les mémoires, même de ceux qui n 'étaient pas nés, ont donné le courage aux peuples asservis de l'Europe de l'Est de briser le mur de Berlin, d'ouvrir la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Pologne à la démocratie, de renverser la dictature des Ceaucescu en Roumanie, cette même année.
L'héritier de cette gloire est aujourd'hui couronné par le Nobel, et c'est justice. L'héroïsme de Liu Xiaobo est tranquille, comme celui de l'Inconnu de Tian'Anmen. Il n'a pas jeté de cocktail Molotov, il n'a pas brandi de kalachnikov. Il a essayé d'empêcher le massacre en appelant les révoltés à la raison. Mais il a tenu ferme dans ses convictions, malgré les camps de rééducation, malgré la prison.
Le pouvoir chinois a le droit de maintenir le Parti unique, si c'est le voeu général. Il n'est pas obligé d'appliquer les recettes de l'Occident. Mais s'il veut être respecté par la communauté internationale, il ne doit pas se comporter en voyou. Aucun état, si puissant soit-il ne peut survivre longtemps en piétinant l'éthique.