On ne sait ce qu'il adviendra de cette révolution tunisienne, confisquée par l'armée, récupérée par les islamistes, ou dévoreuse de ses enfants? Ou peut être assez sage, selon la culture de cette aimable civilisation, pour une première humaniste dans l'Histoire du monde?
Son destin est entre les mains du principal acteur des évènements, son peuple: Pas de leaders, pas de tribuns populistes, juste la nouvelle démocratie internet. Saura-t'elle créer des institutions fortes et sages?
Rien de nouveau, par contre, quant à la recette du déclenchement. Certes, il y eut le sacrifice fondateur de Mohamed Bouazizi, ce jeune vendeur de fruits à la sauvette que l'humiliation à conduit à s'immoler par le feu. Acte de désespoir et d'offrande qui servit d'étendard, à une cause plus profonde, le profond sentiment d'injustice. La crise économique frappe durement, ici et partout. Mais on ne se révolte pas contre la pauvreté. C'est l'arrogance d'un pouvoir corrompu qui lance les corps contre les fusils. c'est l'étalage de la richesse de la famille régnante des Trabelsi et de leurs affidés. Même l'absence des libertés démocratiques ne suffit pas d'aliment à la révolution, du moins pour un peuple qui n'est pas occupé par l'étranger. Sinon, le pouvoir chinois ne ferait pas long feu devant ses masses en colère. Il durera ce que durera la croissance, mais malheur à lui si celle-ci s'essoufle, tandis que la prévarication des notables d'un parti unique continuerait de s'exhiber. C'est ainsi que s'est déclenchée la révolte de Tian'anmen en 1989, moins pour l'exigence de la liberté qu'à la suite d'une grave crise d'inflation et de chômage pendant laquelle les oligarques se gavaient. Il en fut de même, deux cents auparavant, à Paris, quand l'affaire du collier de la reine et autres insolences tombaient mal dans un temps de mauvaises récoltes et de disette.
L'injustice, voilà ce qui déchaîne les peuples. Mais les chefs d'état sont aveugles. Ben Ali aprés Ceaucescu, aprés Reza Pahlavi, Marcos et Battista. D'autres devraient vite apprendre la leçon, du côté de l'Egypte ou de l'Algérie. Mais nous-mêmes, occidentaux, n'est-il pas urgent de surveiller ce foutu coefficient de Gini, qui mesure l'écart croissant des revenus? La misère est certes relative chez nous, quand on considère le dénuement des trois-quarts de la planète, où l'on peine à gagner un dollar par jour. Il reste que le revenu annuel moyen d'un bon trader, au dessus d'un milliard de dollars (à peu près le montant de l'emprunt du Portugal pour se sauver de la banqueroute), ne laissera pas longtemps insensible. Alors, Messieurs du G.8, si vous ne voyez pas la fumée, chaussez vos lunettes, écarquillez vos narines, le feu couve.