On ne sait encore jusqu'où ira la révolution dans les pays en voie de développement, de l'Algérie à l'Iran, du Congo Brazzaville à la Birmanie. On ne sait pas encore, du sabre ou du goupillon, peut-être de la génération internet, qui en seront les bénéficiaires. Mais on sait qui en sont les anti-héros. Une fois dégagés les autocrates accapareurs, rien n'est réglé. Car le vrai ferment des révolutions, bien avant la quête de liberté, c'est la faim et le chômage.
Qui affame les "pays du Sud"? Ce sont les spéculateurs du marché des matières premières. Ils ont greffé sur une crise financière et économique grave qui avait affaibli ces pays, une escalade des prix agricoles, et de l'énergie. Des prix qui d'une pichenette, ont augmenté de 50%. Ce ne sont pas les peuples des pays producteurs qui en bénéficient: L'or du cacao ivoirien rentre dans les poches de Laurent Gbagbo, et lui sert à acheter des mercenaires, des armes, des membres du Conseil constitutionnel...
La spéculation sur les matières premières est d'une simplicité enfantine, puisqu'on peut acheter "à découvert". C'est à dire sans débourser un sou. Pour payer quand il le faut, il suffit d'emprunter au taux du crédit interbancaire au jour le jour: l'EONIA, actuellement à 0,04%! On se met dans la poche la différence entre la plus-value sur le blé et ce taux d'intérêt ridicule.
C'est exactement le mécanisme qui a déclenché la grande crise de 1929. Car lorsque les actions, trop chères, se sont trouvées moins demandées, la plus-value a disparu, et les acteurs financiers ont fait faillite. L'Histoire ne sert donc à rien?
Voilà pourquoi, si Nicolas Sarkozy et Angela Merkel obtiennent, contre les vents et marées des pays drogués au capitalisme financier, la taxation de ces transactions assassines, et l'interdiction des achats à découvert, on pourra parler d'héroïsme révolutionnaire.