Le sang d'un conjuré en fait renaître mille, chantait Virgile. Les tyrans romains n'étaient pas plus magnanimes pourtant que le pouvoir qui entoure Bechir El Hassad. Je dis bien l'entourage, son frère, les oligarques, quelques vieilles bedaines de l'armée, qui malheureusement ont trop d'influence sur un Bechir trop inconsistant. Quelle occasion a-t'il manquée à n'avoir pas rejoint carrément la contestation pacifique! Il aurait acquis une véritable légitimité populaire, que sa famille alaouite n'a jamais eue. Le sang versé l'a maintenant compromis.
Le temps va venir où les émeutiers vont se multiplier, s'organiser, s'armer, avec le soutien de partis réformistes de l'armée, dégoûtés par le carnage des innocents. Car la propagande de l'Etat ne fera croire à personne que des enfants assassinés étaient de redoutables comploteurs d'Al Qaïda. Le temps va venir où la révolte gagnera l'ensemble du territoire, de Damas à Lattaquié, d'Hama à Palmyre! Où le régime devra en appeler au Hezbollah étranger, qui y épuisera sa force et libérera du coup la démocratie libanaise.
Ce sera une révolution nationale, sans appui militaire occidental. La Syrie n'est pas la Libye, pour au moins deux raisons: Intervenir en Syrie provoquerait l'extension du conflit à l'échelon régional. D'autre part, les nations occidentales ont subi les attaques terroristes de Kadhafi, pas celles des Hassad. Cette révolution est inéluctable, et la répression du régime n"aura d'autre effet que de menacer la laïcité de l'Etat, seule vraie réussite de la dictature syrienne.
Il a neigé sur Hama...Déja en 1982 Hassad le père avait fait canonner la ville, aux mains des islamistes. 20 000 morts, dix fois plus qu'à Tian'anmen.