Mgr. Desmond Tutu a protesté contre le gouvernement sud africain qui avait refusé un visa au Dalai Lama. Leur dialogue s'est déroulé sur le net, et c'est trés bien comme ça: Une démarche individuelle ne peut être prise par la Chine pour une provocation, contrairement à une visite quasi-officielle. Elle aurait été une faute de la part des dirigeants sud africains, alors que leur pays souffre comme les autres de la crise mondiale, qui vient s'ajouter à un taux de chômage impressionnant, quatre fois plus élévé que celui des pays développés.
Les écervelés bravaches qui condamnent la realpolitik oublient que les miracles politiques reposent à la fois sur le coeur et sur l'intelligence. Ainsi, Aug San Suu Kyi en dialoguant avec la junte birmane au lieu de l'affronter a-t'elle déja réalisé quelques progrès. Elle a de grands exemples avec Mandela, et son inspirateur Gandhi.
Cellule de Mandela à Robben Island, au large du Cap
Aprés vingt-six ans de dur emprisonnement, Nelson Mandela a dit: "Etre libre, ce n'est pas seulement briser ses chaines, mais vivre de façon à respecter et promouvoir la liberté des autres". Si la "nation Arc en Ciel" souffre toujours de pauvreté, de criminalité et de corruption quinze ans aprés ces mots puissants, il reste que dans la majorité de la population, noire, métisse, indienne ou blanche, l'esprit de Mandela continue de souffler. Que n'y a-t'il eu un tel dirigeant du F.L.N en 1962, l'Algérie s'en porterait mieux, même si elle avait dû affronter d'inévitables dérapages.
Mandela en visite en Israël en 1999, sans exprimer de rancune pour le gouvernement qui avait soutenu les dirigeants de l'apartheid, a néanmoins appelé à la libération des territoires palestiniens, comme au respect du droit d'Israël à sa patrie. Malheureusement, il n'y a plus l'équivalent d'un Mandela dans la politique israélienne, mais il y a encore un prisonnier célèbre palestinien, Marwan Barghouti, qui, s'il était libéré, pourrait bien changer la donne.
Ces hommes miraculeux sèment dans un sol bien labouré, en général par la condamnation internationale, voire le boycott, et des indignés de l'intérieur. Et ils savent prendre de la hauteur pour sauter par dessus les épineux. Voilà pourquoi le Dalai Lama ne peut entrainer le monde sur sa parole indépendantiste (quoiqu'il en dise, même si le mot indépendance de 1961 s'est transformé depuis en "autonomie"). Il a peu régné, investi à quinze ans et exfiltré neuf ans plus tard par les indépendantistes d'un état théocratique, pratiquant le servage et l'exploîtation des femmes et des enfants, terriblement répressif vis à vis des sectes concurrentes. En 1950, parmi tous les états de l'ONU, il n'y a guère eu que le Salvador pour condamner la réoccupation chinoise, après un siècle d'empêchement de la Chine à gérer les provinces lointaines pour cause d'envahissements successifs européens, japonais et de guerre civile. En 1989 encore, l'ONU n'a pas jugé bon d'inscrire le Tibet sur la liste des peuples à décoloniser. C'est que la pénétration chinoise est ancienne, par l'entremise des dynasties mongoles (13ème siècle) et mandchoues (1720).
Le monde prèterait davantage de crédit au Dalai Lama, si au lieu d'encourager tacitement le "bonnets jaunes" Gelugpa à l'insurrection, il condamnait en tant que chinois de l'extérieur, l'absence de démocratie dans toute la Chine.
Ainsi devraient aussi passer par le haut les sud africains de toutes couleurs, unis pour un projet digne de Mandela: Se regarder comme un modèle pour le monde, comme l'a été la France de la Révolution, même si ces constructions ne se font pas sans douleur.