La dictature syrienne a 8 000 morts à son actif, depuis que la rébellion a éclaté: quatre fois mieux qu'à Tian'anmen. Bechar El Hassad sait qu'il a perdu, mais il se venge à l'avance. Il envoie le petit frère et sa garde prétorienne tuer tout ce qui bouge. Même les journalistes étrangers: Gardons l'affaire entre nous! C'est bien à son corps défendant que nos compatriotes Edith Bouvier et William Daniel ont pu être secourus et exfiltrés, ni la Croix Rouge ni le Croissant Rouge n'avaient droit de passer. Les tunnels creusés à la main par les assiégés, ces boyaux mortels par où affluaient quelques vivres, quelques médicaments, des armes, leur ont permis de sortir du piège mortel. Quel bonheur, ils ont été sauvés par les rats. Oui, ce peuple éternel des rats, qui depuis leurs souterrains, lutte contre l'oppression.
Celui des catacombes de Rome et de Naples, où les fondateurs d'un ordre de 2 000 ans se préparaient au martyre et menaient leur oeuvre de termites. Celui des Catacombes de Paris, qui préserva du massacre une partie des rebelles de la Commune, et l'esprit libertaire qui imprègne aujourd'hui notre presse et nos institutions. Un privilège, reconnaissons-le, assez rare. Là encore s'abrita l'état-major du colonel Rol Tanguy, chef de l'insurrection de Paris en 1944.
Le peuple des rats, celui des Gazaouis, toujours vivant malgré l'asphyxie qu'Israël lui fait subir, entre deux bombardements. Avez-vous vu ce beau reportage de Melissa Theuriau? Plus fort que "Le Trou de Jacques Becker". Sans crainte des éboulements de sable meurtriers, des enfants creusent avec leurs mains, s'insinuent dans des boyaux infranchissables, y posent des rails, tirent des wagonnets et, pour ravitailler leur prison, débouchent dans le Sinaï. Eh oui, enfants de Moïse, c'est à eux désormais que l'Eternel accorde la légitimité du Sinaï.
Craignez, tyrans sanguinaires, que des tunnels se préparent, sous vos pieds, direction La Haye et son Tribunal International.
Au bout du compte, on a médit des rats, ces héros. Ce sont eux qui nous sauvent de la peste.
