Soudain, le monde démocratique douite: Ainsi, ce chagrin spectaculaire, largement diffusé, regrette un dictateur, organisateur d'un totalitarisme absolu, qui a interdit toute expression politique ou culturelle, toute association ou syndicat, tout rassemblement à partir de trois personnes? Et envoyé deux à trois cents mille personnes en camps de travail, après avoir liquidé toute opposition?
Moi, les larmes que je respecte, ce sont celles des résistants inconnus, c'est à dire des vingt millions de nord coréens qui ne sont pas des 'fils de..." super-privilégiés, des castes privilégiées de Pyongyang, et des demi-privilégiés des appelés pour 8 à 10 ans dans les forces armées. Les larmes de ceux qu'on ne voit jamais sur les écrans, qui n'ont pas droit au téléphone portable, encore moins à Internet, dont 40% des enfants sont malnutris. Ceux là sont probablement moins sensibles au culte de la personnalité des leaders suprêmes. Ils se souviennent de la famine qui a tué plus d'un million de personnes en 1995, et du mot d'ordre lancé par Kim Jong Il, "L'armée d'abord!". Je ne crois pas qu'ils aient véritablement été émus par les phénomènes surnaturels annoncés par l'agence d'information, survenus au moment de la mort du chef de l'Etat: Une tempête de neige qui soudain s'apaise, tandis que le ciel dégagé rougit au dessus de la montagne sacrée, le volcan Paektu...Sans doute, ce qui leur aura été le plus douloureux lors des cérémonies des obsèques, c'est d'entendre l'Internationale en guise d'hymne funèbre. Ce fut aussi un enterrement virtuel pour tous les socialistes du monde.
D'ailleurs, qui était vraiment le défunt: Peut être bien un sosie, qui avait très bien joué le rôle depuis plusieurs années, le temps que l'héritier soit choisi par le Parti militaire et les caciques! Il était difficile d'introniser le frère aîné en 2008, joueur et tricheur, et un peu trop sensible aux sirènes de l'Occident. Pas question du second fils non plus, un homosexuel! Il convenait de laisser mûrir le jeune Kim Jong Un, le nouveau Dracula de ce "pays du matin calme".

Comme le sosie de Kim Il Song, il apparait déjà comme une marionnette aux mains du clan militariste au pouvoir. La récente déclaration des autorités marque l'avenir en son nom de façon sinistre: "Le monde devrait voir clairement comment des millions de nos soldats et de nos citoyens unis fermement autour de notre cher leader pour transformer le chagrin en courage atteindront la victoire finale". Voilà qui résonne comme les discours annonciateurs d'Hitler auxquels on ne voulait pas croire. Plusieurs psychiatres ont d'ailleurs établi un parallélisme entre les multi-psychoses de la dynastie nord-coréenne et celles d'Hitler, Staline et Saddam Hussein.
Oui, il faut s'attendre à la guerre. Une guerre classique, car on n'est pas sot à Pyongyang: l'arme nucléaire doit rester purement dissuasive. La Corée du Sud doit se préparer à être envahie par un million de soldats du Nord, sans parler des cinq millions de réservistes. Pas besoin cette fois de l'aide de la Chine, qui ne serait pas acquise, pour engager une guerre aussi horrible que celle de 1950. Le Japon n'osera pas bouger, et je vois mal les Etats Unis s'engager à fond. L'évolution de l'opinion et la crise ont changé la donne. Et l'autarcie nord-coréenne ne pourra survivre qu'en s'appropriant les richesses des autres. Chers amis du Sud, si vis pacem, para bellum. Mais les larmes silencieuses continueront de couler, au Nord comme au Sud.